mercredi 30 août 2017

Xylogravure

Résumé de la situation depuis l'épisode précédent.
L'homme est seul dans son antre et le monde extérieur le répugne. L'homme rumine. Entre deux cafés noirs comme le fond de son être, l'homme s'ennuie comme un caillou.
Aujourd'hui, l'homme constate : il n'a pas gravé de bois depuis trop longtemps, il s'est laissé aller à la facilité du lino, à la mollesse de la gomme et de la résine. Il s'empâte, son bras a perdu sa force d'antan. Le bois lui manque.
L'homme prend une décision grave. Armé de ses toutes nouvelles gouges à bois spécialement achetées pour l'occasion, l'homme se remet à la gravure sur bois de fil.
L'homme avait oublié une chose essentielle : la gravure sur bois de fil, C'EST LONG.

Voilà où on en est.

Depuis trop longtemps que je ne l'avais plus fait, je me suis remis au bois. C'était affreux au début, j'avais perdu l'habitude, il faut respecter le fil du bois, on ne peut pas faire n'importe quoi comme avec le lino, graver dans n'importe quel sens et dire merde aux conventions. Non. Le fil du bois est susceptible : si on ne le respecte pas, il pète, il vous envoie mille échardes acérées dans les yeux, ça ruine votre planche, ça perce votre rétine, ça piétine votre ego et c'est très mauvais pour les nerfs. On ne fait pas le malin avec le bois. On creuse dans le bon sens. On découpe la forme au ciseau, on creuse à la gouge, on fignole au burin. On fait ça proprement. Et finalement l'habitude revient vite et on se demande pourquoi on avait arrêté. J'ai rien contre le lino, c'est chouette, c'est tendre, ça sent bon et c'est mignon, mais je n'aurais pas dû arrêter le bois si longtemps. À partir d'aujourd'hui j'essayerai de faire un peu plus de chaque, bois et lino, lino et bois, j'ai deux amours dans ma vie.

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Voilà la planche terminée, il ne reste qu'à l'encrer pour avoir la joie de découvrir toutes les erreurs que j'ai faites, admirablement soulignées par l'encre et désormais impossibles à ignorer. C'est toujours un moment merveilleux. Je la mettrai bientôt à la vente sur la boutique, j'attends de voir la tronche des épreuves d'essai avant de déterminer un prix.

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mercredi 16 août 2017

Mauvaise passe

Voilà des siècles que je n'ai rien posté sur ce blog, et pour cause : je traverse actuellement ce qu'il est convenu d'appeler, entre gens éduqués, une période de merde. Des obligations professionnelles à la trivialité navrante m'obligent à me rendre quotidiennement en plein cœur touristique de Paris. Le peu de tolérance que j'avais jusque-là réussi à conserver à l'égard de mes semblables n'a pas survécu à l'expérience et je souffre désormais d'une sociophobie particulièrement handicapante. Il faut dire que le mois d'août voit défiler à Paris tout un cortège d'indésirables, touristes obèses, artistes de rue, bobos pondeurs d'enfants, raclures branchouilles, bourgeois décatis, adolescents parfaitement trisomiques relâchés dans la nature par les établissements scolaires sous prétexte de vacances d'été. La liste est loin d'être exhaustive et le centre de la ville dans lequel je me rends chaque jour à contrecœur présente une concentration abominablement élevée de vermine. Paris grouille de singes malfaisants. Ajoutez à cela la météo de ce mois d'août qui correspond exactement à l'idée que je me fais d'un mois de novembre dans une ville minière du nord de l'Angleterre – pluvieux, sombre et en tout point répugnant – et la liste des alternatives au suicide se réduit dangereusement. L'une de celles que j'ai trouvées et qui n'inclut pas le meurtre violent d'un grand nombre de mes congénères consiste à me servir de ce blog non plus seulement comme support de diffusion de mon travail mais également comme réceptacle de mes états d'âme quotidiens. Voilà qui promet des publications plus régulières, pour le plus grand bonheur des algorithmes de Google. Je suis bien conscient, au vu de la fréquentation habituelle de ce blog, que multiplier les notes d'humeur ici revient à hurler dans un hall de gare désert. Ma santé mentale s'en accommode très bien. Quant aux rares personnes qui me lisent encore, que l'Éternel fasse couler sur votre front des torrents de lait et de miel. À bientôt donc, pour de nouvelles émanations de haine et d'encre à l'eau. Je dessine en ce moment profusion de gens tout nus que je posterai bientôt ici-même, ce sera un ravissement de tous les sens, tenez-vous prêts.

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